N°21 | Visionner avant diffusion?

Le Ligueur du 12 février 2003

Chaque chaîne TV choisit elle-même les pictogrammes de la « signalétique jeunesse » qu’elle appose sur ses programmes. À postiori, le CSA, l’organe de régulation, peut remettre ces choix en question. Il pourrait sembler logique que les diffuseurs visionnent tous leurs programmes avant de les « sigler »…

Dans le « Qu’en Dites-Vous? » du 11 janvier, Gérard Lovérius, le Directeur de la télévision, s’est abstenu d’approuver la remarque finale de la téléspectatrice invitée sur le plateau: « Que la RTBF visionne tous ses programmes à l’exception de ceux qui ont déjà été diffusés préalablement sur l’une ou l’autre de nos chaînes comme une reprogrammation d’un Columbo ».

M. Lovérius avait d’ailleurs précisé, quelques instants plus tôt : « C’est vrai que, techniquement, on ne visionne plus tout. Dans certains cas, nous faisons confiance à un fournisseur, à un scénario, à un synopsis… » C’est à cause de pareil laxisme que, naguère, TF1 avait laissé « Club Dorothée » proposer au public « enfants » des scènes de sadisme dans un dessin animé!

La RTBF utilise parfois le visionnage en accéléré. Celui-ci permet-il de détecter des actes excessifs de violence psychologique?

Voisins mais différents

Lors notre « Grand Entretien » du 31 janvier(1), Jean-Paul Philippot, l’Administrateur général de la RTBF, a expliqué que le conseil d’administration du Service public avait décidé « d’adopter la même signalétique que celles des chaînes françaises » pour les programmes déjà siglés par France Télévisions(2) et à condition que ce soit la même version que l’on diffuse chez nous. Pour lui, cette option est cohérente parce que sinon le téléspectateur devra affronter dans son hebdomadaire TV, « …un produit qui sera répertorié le mardi midi avec telle signalétique sur une chaîne et le mercredi soir avec une autre signalétique sur une autre chaîne ».

Une harmonisation au niveau européen est souhaitable mais est-elle possible? Pour sigler un programme, il faut nécessairement tenir compte de l’évolution de la mentalité du public auquel il est destiné. France-Belgique, est-ce chou vert et vert chou? Les réglementations sur l’usage des drogues douces, l’euthanasie ou le mariage homosexuel sont désormais si différentes! Il faut également être attentif à l’actualité politique, sociale et culturelle: RTL TVi a regretté d’avoir diffusé quelques jours après la découverte des corps des enfants disparus: un épisode de « Rex chien flic » dans lequel une fillette était séquestrée dans une cave!

Il faut donc du « cas par cas ».

L’argent: faux problème?

Comment le Conseil d’administration de la RTBF pourrait-il continuer à faire aveuglément confiance à France Télévisions au moment où, à notre « Grand Entretien », Mr Philippot confirmait que la RTBF avait utilisé la signalétique proposée par le service public français pour diffuser sur La Une entre 17H50 et 18H45 « Mortelle Perversion »?

Deux des séquences de ce programme ont été qualifiées par notre CSA « d’extrême violence ». L’une d’elle était aisément détectable car diffusée à deux reprises: dans le générique du début et au milieu de l’épisode. La RTBF l’a elle-même décrit ainsi: « (une) scène de blessures mortelles infligées au rasoir, par un homme masqué, à une prostituée ligotée en sous-vêtements et suspendue par les bras au plafond d’un immeuble désaffecté ».

Faut-il faire comme si de rien n’était? Pour engranger des économies? Dans « Qu’en Dites-Vous? », la téléspectatrice a précisé: « Les problèmes budgétaires ne sont pas suffisants pour me dire que vous n’avez pas le temps de visionner. C’est une question de choix, de priorités, quitte à faire moins d’émissions mais à faire des émissions plus sécurisées, plus fouillées, avec plus d’investigation ». Ni Jean-Jacques Jespers(3), ni M.Lovérius n’ont répondu jusqu’à présent concrètement à cette objection. Il s’agit pourtant bien là du vrai débat à mener.

Richard Miller, le Ministre de l’Audiovisuel envisage quant à lui courant 2003 une évolution de l’Arrêté « Signalétique »: « Les éditeurs de services seront tenus de visionner intégralement et en temps réel les émissions ».

(1) Nous reviendrons ultérieurement sur cette rencontre.
(2) France2, France3 et France5.
(3) Le coordinateur de « Qu’en Dites-Vous? »