N°13 | Mieux choisir ses films

Le Ligueur du 27 novembre 2002

Le « guide » lancé par Kinépolis « permettra désormais, note le communiqué de presse, aux parents et éducateurs de juger si un film convient à leurs enfants ».

Sont ainsi signalés plusieurs catégories d’âges (tous; +6; 12 et 16 ans) et certains contenus (vulgarité, romantisme, éducatif, humour, angoisse, discrimination, violence, drogue et érotisme).

L’énoncé de ces catégories démontre la subjectivité, voire la partialité de la démarche. Pas de pictogrammes pour nombre de thématiques: social, politique, documentaire, féminisme, homosexualité, amitié, pornographie… ou abus de boissons ou de nourriture (le pop-corn!). Or, celles-ci et bien d’autres caractérisent également des pans entiers de la production cinématographique.

Pas crédible

Certains journalistes de la presse écrite sont résolument contre cette initiative: « Vous voulez du cul, c’est signalé… Kiné, le bon berger, guide son troupeau vers la bonne étable… »(1). D’autres s’interrogent sur la pertinence des choix lorsqu’ils sont réalisés par un panel pas vraiment représentatif. La responsable de la communication de Kinepolis ne pouvait être plus évasive: « Le classement est décidé ici par quelques personnes… »(2).

Pareille autorégulation inspirée par des intérêts économiques peut-elle être autre chose qu’un mirage? Kiné développe ainsi sa stratégie marketing en surfant sur un débat actuellement surmédiatisé en France (faut-il supprimer les films X à la télé).

Il y a confusion de genres. Les « conseils consommateurs » prodigués par les épiciers eux-mêmes sont souvent suspects! Il serait plus utile que Kiné affiche en bonne place toutes les « critiques » parues dans la presse écrite pour chacun des films projetés et incite son public à les lire!

Battante Maréchal

Par ailleurs, il existe une commission de contrôle officielle qui, même si elle était régulièrement critiquée(3), est plus crédible puisqu’elle se regroupe des personnes d’horizons variés (enseignants, psychologues, exploitants de salles, distributeurs, etc.). Récemment elle a été réactivée et se compose désormais de moins d’hommes, de vieux et de juristes. Malheureusement, elle applique une loi qui n’a pas été modifiée depuis 1920: les autorisations pour les films se limitent uniquement aux plus de 16 ans. Il faudrait ajouter la catégorie des plus de 12 ans et celle des enfants accompagnés et il conviendrait également d’envisager concrètement les autres supports apparus depuis: la télévision, les jeux vidéo, les DVD, internet.

L’évolution se prépare mais prend du temps car elle concerne plusieurs cabinets ministériels (la protection de la jeunesse et l’audiovisuel) ainsi qu’un accord entre les communautés française et flamande. En plus, il ne suffit pas d’organiser un système de classification mais il convient également de rendre une « chambre de plaintes » opérationnelle pour tout individu qui estimera de manière fondée qu’un opérateur est en défaut.

Pendant près d’un an et demi, sous la présidence de M.Robert Wangermée, un groupe de travail a auditionné tous les partenaires de ce dossier (des producteurs aux associations d’usagers) et a produit un travail(4) « fouillé et de longue haleine » comme le souligne M.Nicole Maréchal, ministre de l’aide à la jeunesse et à la santé.

Celle-ci m’a confirmé son intention de voir aboutir au moins l’aspect cinéma de ce vaste dossier avant la fin de la présente législature.

Elle tient également beaucoup à mettre en place la publicité des avis formulés par la commission de contrôle, peut-être par le biais d’un site internet. « Plusieurs enquêtes indiquent que les jeunes sont demandeurs de grilles de lecture. Cette initiative y contribuera mais on n’y coupera pas: il faudra également développer tout un travail d’éducation au décryptage de l’image, à et hors de l’école, pour les jeunes mais aussi pour les adultes ».

(1) Frank Einstein dans La Libre Culture, 25/09/2002.
(2) Jean-Marie Wynants dans Le Soir, 18/09/2002.
(3) Pour certains, interdire Batman aux moins de 16 ans fut une aberration et, pour d’autres, permettre aux enfants de découvrir le film d’horreur Arac Attack est contestable. Voir l’article de Frédéric Seront dans La Dernière Heure, 12/09/2002.
(4) Rapport du groupe « enfants admis »: pour un spectateur conscient. > Voir: www.cfwb.be


Le Ministre Picqué enfonce le clou!

M. Charles Picqué, le Ministre des affaires économiques, me répond le 29 octobre 2002 à un courrier daté du 28 juin qui lui exposait ma difficulté à me faire rembourser mon ticket de l’exposition Rubens (voir rubrique N°12 parue la semaine dernière).

Sa lettre dont voici quelques extraits pose la base d’un droit à la protection pour les consommateurs culturels: « Un principe de droit exige qu’avant la conclusion de tout contrat, la partie « dominante » doive fournir à son futur cocontractant toutes les informations utiles à une prise de décision en connaissance de cause. Agir autrement enfreindrait la bonne foi. Les Cours est Tribunaux ont, depuis longtemps, en effet, reconnu l’existence d’une obligation générale de renseignements à charge des fabricants, vendeurs et prestataires de services professionnels. Ce principe juridique permet de sanctionner un comportement fautif au cours de la période précontractuelle… Dès lors, je suis également d’avis que la Ville de Bruxelles aurait dû faire le nécessaire afin que les visiteurs soient avertis de la disparition d’une œuvre maîtresse de l’exposition… ».