N°12 | L’obstination paie… 6 euros!

Le Ligueur du 20 novembre 2002

Près de six mois de pression ont finalement conduit M.Henri Simons, échevin de la culture de Bruxelles, à écrire à mon avocate: « C’est avec plaisir que je charge mes services de rembourser à votre client le montant de 6 euros ».

Il s’agit du prix de l’entrée (avec réduction) de l’exposition Rubens qui s’est tenue durant l’été dernier à l’Hôtel de ville de Bruxelles.

Trois mois avant la fin de cette exposition, le « Silène Rêvant », une toile souvent mise en évidence par la critique dans ses comptes-rendus, a été rapatriée à Vienne. Quelques jours plus tard, je visite l’expo. Sur le trottoir de la Grand Place, un panneau affichant un poster de cette œuvre prématurément décrochée était disposé près du hall d’entrée. Dans la salle d’accueil, sur le comptoir où l’on paie sa dîme, une petite vitrine éclairée exposait un catalogue malencontreusement ouvert à la page qui reproduit l’œuvre manquante! Aucun avis n’était affiché pour informer le visiteur de cette évolution des toiles exposées et le dépliant n’était pas plus loquace.

De Rubens à Magritte

Avant de payer son entrée pour la visite d’une exposition ou d’un musée, le public devrait pouvoir consulter une liste exhaustive des œuvres qu’il pourra découvrir. De nos jours, les ordinateurs facilitent la mise à jour et la présentation de pareilles données.

Si vous êtes un fan de Magritte, mieux vaut savoir avant d’acheter votre ticket au Musée d’Art Ancien et Moderne de Bruxelles, que bon nombre de ses œuvres, ce jour-là, ne sont peut-être pas exposées! C’est d’ailleurs ce même Musée qui organisa une importante rétrospective du peintre surréaliste en 1997. « Le château des Pyrénées », la toile emblématique de cet événement, celle qui figurait sur les affiches, les timbres postes et la couverture du catalogue, fut également décrochée en cours d’exposition sans que le public n’en soit informé. Au moment de décider de l’importante médiatisation de cette peinture prêtée par The Israel Museum, la direction du Musée était avertie que ladite toile ne serait exposée que pendant une période limitée.

C’est quoi, une expo?

On a un peu l’impression que certaines œuvres ne font plus que des visites furtives dans les expositions! Pour être l’hôte de davantage de manifestations? Ce qui pourrait peut-être développer leur notoriété et leur valeur boursière? Prenons l’exemple de l’exposition « La Belle Epoque » qui s’est achevée le 28 avril dernier au Musée du Cinquantenaire: ont été décrochées avant son terme des œuvres de Van Ruyselberg, Khnopff, Picasso et Wauters (une toile de ce dernier rallia la rétrospective Rick Wauters qui se tenait à la même époque au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles).

Or, un droit de l’usager ne serait-il pas de pouvoir découvrir une exposition telle qu’elle a été conçue et présentée, lors de son vernissage, aux journalistes puisque leurs commentaires ont peut-être influencé notre décision de la visiter.

Charles Picqué m’ignore!

En ce qui concerne l’expo Rubens, ma lettre eut deux conséquences: le rangement du panneau litigieux qui se trouvait sur le trottoir et le changement de page du catalogue exposé. Par contre, aucun avertissement ne fut affiché, ce qui me semble inexcusable.

Me faire rembourser ma place fut laborieux. Plusieurs courriers envoyés à l’échevin n’eurent aucun effet.

Dans un second temps, je m’adressai à M.Charles Picqué, Ministre de l’économie, pour lui demander de se positionner sur cette problématique des droits des usagers culturels. Il n’accusa même pas réception de mes trois lettres.

Finalement, M. Henri Simons réagira positivement à la lettre de l’avocate Isabelle Lohisse: « (…) Mon client n’entend actuellement qu’être remboursé du prix déboursé pour visiter cette exposition ne présentant pas l’un des tableaux de Rubens annoncés (…) A défaut de règlement amiable de ce litige, mon client ne manquera pas de faire valoir ses droits, se réservant expressément, en outre, de réclamer notamment des dommages et intérêts pour les désagréments que lui causerait votre attitude ».

L’échevin n’a réagi positivement qu’au moment où une avocate s’est faite la porte-parole de l’usager. Le Ministre n’a pas bronché. Mais combien de visiteurs peuvent se permettre pareille obstination? Il est donc utile que s’élabore une réglementation qui tienne davantage compte des droits du public et que se perrénise un mode d’emploi pour se faire rembourser, en cas de situation abusive.