N°08 | Bientôt, moins de pub pour les enfants?

Le Ligueur du 23 octobre 2002

C’est Bla Bla et son « cache-cache pub » qui vont se trémousser de joie! Dès le 1er janvier, la RTBF ne pourra plus diffuser de la publicité et du sponsoring, cinq minutes avant et après ses émissions pour enfants.

Dans l’interview qu’il nous accorde, le Ministre Nollet met fin à une campagne de déstabilisation qui tentait d’annuler ou de reporter la mise en application de cette nouvelle règle. Depuis quelques mois, plusieurs journaux avaient en effet introduit le doute. « On apprend, en coulisse, que des moyens seront mis en œuvre pour faire sauter ce levier » (La Libre Belgique). « Le patron de la RTBF suggère de supprimer l’interdiction ou tout au moins de la suspendre un an à titre d’essai » (Le Vif l’Express).

Même le CSA

Parmi les critiques formulées, il y a celle qui fait croire que cette évolution est inefficace puisque les enfants sont en contact avec plein d’autres présentations publicitaires. Effectivement, après cette première initiative, il restera énormément de pain sur la planche(1) mais il faut bien un début à tout, sinon qui entamera un changement? L’étape suivante de cette bataille devrait être une application aux chaînes privées (comme c’est déjà le cas en Flandre depuis 1995) et dans le reste du paysage audiovisuel européen.

Le collège de la publicité du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a également qualifié, à plusieurs reprises, cette mesure d' »inefficace » mais les textes de ses avis n’expliquent pas pourquoi(2). Une majorité des membres effectifs de ce collège sont en fait les alliés des intérêts publicitaires: représentants de chaînes, de régies ou d’agences publicitaires.

Mal troussé

Cette règle « des cinq minutes » est symbolique. Pour la première fois, le gouvernement reconnaît concrètement la nocivité d’une forme publicitaire.

Il reste que le texte qui définit cette nouvelle obligation est mal troussé. Au terme « enfant », il eut mieux valu utiliser celui de « mineur » mieux défini juridiquement. Heureusement, le Ministre de l’enfance met sur la table une proposition concrète pour préciser quels programmes devront tenir compte de la nouvelle obligation.

D’autre part, la nature des programmes « tampons » de 5 minutes à insérer entre les émissions et les publicités n’a pas été précisée. Là, le gouvernement n’a pas tiré enseignement de l’expérience du Nord de notre pays où la règle est contournée puisque ce sont des clips dont raffolent les enfants qui sont programmés! À ce problème, Jean-Marc Nollet déclare qu’il sera attentif et que des réactions officielles seront à craindre si la RTBF était tentée de s’inspirer du mauvais exemple flamand.

Pollueur- pas payeur…

Divers publicitaires qui s’opposent à la nouvelle règle optent pour une éducation audiovisuelle des enfants mais ils ne prennent aucune iniative pour financer celle-ci. L’éducation aux médias est complémentaire mais son évocation ne doit pas servir d’exutoire pour éviter la mise en place de solutions aux dérégulations de l’audiovisuel.

Responsabilité gouvernementale

Cette règle des « cinq minute » contribue à l’amélioration du Service public mais elle a un coût et les autorités politiques devront aider la RTBF à surmonter cet obstacle financier. Elles ne pourront d’ailleurs pas faire éternellement l’économie d’un débat plus large, celui de la suppression complète de la pub et du sponsoring à la RTBF. Même le Directeur des radios du Service public, Claude Delacroix, étiqueté « libéral », expliquait récemment au Soir: « Pour la RTBF, il eut mieux valu qu’elle n’ait pas la pub et que la dotation suffise. La pub est un appoint financier qui pollue l’antenne ».

(1) Voir Le Ligueur du 21/03/2001, « Le Top 100 à 4-14 ans » par Jacques Liesenborghs.
(2) Avis 2/2001 et 2/2002.


Le ministre de l’Enfance réaffirme ses positions

– Dès le 1er janvier prochain, le nouveau contrat de gestion de la RTBF prévoit : « Les écrans publicitaires et de parrainage sont interdits de diffusion durant une période de cinq minutes qui précède et qui suit une émission spécifiquement destinée aux enfants. » De nombreux observateurs laissent entendre que cette disposition pourrait ne pas être appliquée ou reportée…

– Cela ne sera pas le cas. La question de renégocier en ce sens le contrat de gestion de la RTBF n’est pas à l’ordre du jour.

– Si la RTBF respecte la lettre plutôt que l’esprit de cette disposition, par exemple, en entourant les émissions pour enfants de séquences « tous publics » comme des clips musicaux fort attractifs pour les enfants?

– On sera attentif. Le cas échéant, il conviendra que le Gouvernement ou le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel réagissent.

– « Les Niouzz », « C’est pas Sorcier », « G-Nome » et « Ici Bla Bla »: comment définir si ces émissions seront considérées pour enfants ou pour ados?

– Un quota de ces émissions est prévu dans le contrat de gestion. La RTBF doit établir un rapport annuel sur son activité durant l’exercice écoulé. On pourra y découvrir les noms des émissions pour enfants qu’elle aura diffusées.

– Le 30 janvier 2001, pour la première fois, vous vous êtes positionné publiquement pour cette suppression, mais elle visait toutes les chaînes de la Communauté française. Ne s’appliquant pour l’instant, hélas, qu’à la RTBF, ne peut-on pas parler de concurrence déloyale?

– Non, car cette obligation fait partie des compensations que la RTBF a acceptées en échange de son financement public. Je ne perds pas espoir que les chaînes privées soient également soumises à cette réglementation mais ce problème doit se régler à un niveau européen. C’est Richard Miller, le Ministre de l’Audiovisuel, qui doit agir en ce sens.

– Certains considèrent que la meilleure manière de lutter contre les effets nocifs de la publicité, c’est l’éducation des enfants par rapport à cette thématique…

– L’Europe n’ayant pas légiféré sur la problématique de la publicité entourant les programmes pour enfants, on ne pouvait interdire aux chaînes privées de la Communauté française de le faire. Bien qu’importante, la mesure qui va s’appliquer à la RTBF ne suffit donc pas. À ma demande, un fonds pour l’éducation à la consommation publicitaire a donc été mis en place. Il permettra la mise en oeuvre d’une série d’actions pour éduquer les enfants aux médias en général et au décodage publicitaire en particulier.