N°07 | Qui sait que c’est gratuit?

Le Ligueur du 16 octobre 2002

Autrefois, c’était quotidiennement que l’entrée était libre dans de nombreux musées. Nous devons désormais nous contenter de la gratuité, chaque premier mercredi du mois, après 13H(1).

Ce maigre avantage, s’il n’est pas médiatisé, pourrait tomber en désuétude tant pour les visiteurs que pour le personnel de certaines de ces institutions muséales. Ainsi, le 2 décembre 1998, j’ai convaincu une caissière des Musées d’Art Ancien et Moderne(2) de rembourser une touriste japonaise qui venait de payer son entrée alors que l’après-midi de gratuité était déjà entamé. Dans ce même musée où n’était affichée aucune annonce de cette gratuité mensuelle, il arrivait que, vers 12H45, les visiteurs étaient encore invités à payer leur entrée sans être prévenus que, quelques minutes plus tard, l’accès serait libre. Pour que cette vénérable institution accepte de placer une bannière en tissu indiquant cette information au-dessus du guichet dans son hall d’entrée, il aura fallu que j’envoie une dizaine de lettres, dont plusieurs en recommandé, entre juin 1998 et janvier 1999 (à l’époque, c’était sans le soutien d’un média comme Le Ligueur).

De 7 mois à 8 jours

Mme Anne Cahen-Delhaye vient d’accéder à un souhait analogue en moins d’une dizaine de jours! Mon interlocutrice est Conservateur en chef des Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles (MRAH), dit également « Musée du Cinquantenaire ».

Ce 1er octobre 2002, elle m’écrit: « Le grand panneau, placé entre les deux vitres des caisses, va être rapidement modifié afin qu’apparaisse le fait que l’accès aux Musées est gratuit le premier mercredi après-midi du mois. En espérant avoir ainsi répondu à vos attentes ainsi qu’à celles de ceux que vous défendez, c’est-à-dire les usagers du temps libre (…) ».

Tarification exhaustive

Deux échanges de courriers furent nécessaires pour atteindre mes objectifs. Je demandais également qu’aux caisses, les détails des diverses réductions soient clairement mentionnés.

Tant pour la visite des collections permanentes que pour les expositions temporaires(3), seulement quelques réductions sont affichées (pour les enfants) mais pas d’autres (les chômeurs).

Il me paraît évident que, dans tout lieu culturel, le public ait droit à pouvoir prendre connaissance d’une tarification exhaustive avant de se placer dans la file qui le mènera au guichet.

Mme Cahen ne partagea pas ce point de vue dans sa première réponse datée du 26 septembre 2002. Pour elle, il suffit d’annoncer qu’il existe des réductions et le public n’a qu’à demander au caissier à qui elles sont destinées. Sympa, pour l’amour-propre des chômeurs! « Votre politique de défense des consommateurs culturels, écrit-elle, est tout à fait louable, mais, dans le cas présent, je la comprends mal. En effet, le Belge étant ce qu’il est, il ne manque jamais une occasion de payer moins cher… Dès lors, si une réduction est annoncée, il s’enquiert généralement des conditions dans lesquelles il peut l’obtenir! ».

À cette lettre, était jointe une copie de l’Arrêté Ministériel du 18 juillet 2001 qui fixe les droits d’entrée du MRAH. Dix-sept catégories de personnes ont droit à des réductions, et onze, à la gratuité. Difficile de mentionner tout ceci dans les dépliants ou sur les affiches mais pourquoi pas simplement épingler une copie de ce document dans l’entrée du MRAH? Telle fut la proposition contenue dans ma seconde lettre datée du 23 septembre 2002. Trois jours plus tard, mon interlocutrice accède à cette demande: « Je me fais un plaisir de vous signaler que, depuis votre dernière visite, le contenu de l’Arrêté Ministériel est affiché dans les deux langues en dessous du règlement interne à l’usage des visiteurs. »

Voilà donc une première petite victoire concrète pour cette rubrique. Je remercie Mme Cahen d’avoir accepté le dialogue et d’avoir tenu compte de mes remarques.

Un précédent est ainsi créé. Lecteurs, à vous de pister désormais d’autres tarifications « non exhaustives »!

(1) Pour que les groupes scolaires n’en profitent pas?
(2) Rue de la Régence,3 à Bruxelles.
(3) Jusqu’au 12 janvier 2003, Les Artistes de Pharaon, du mardi au dimanche, de 10H à 17H, sauf les 1er et 11 novembre, 25 décembre et 1er janvier.


Batailles suivantes?

Lire cet Arrêté Ministériel qui n’est, hélas, que partiellement affiché au Musée du Cinquantenaire est riche d’enseignement.

Vous y découvrirez, par exemple, que le droit d’entrée aux collections permanentes au prix plein individuel de 4 euros donne droit notamment à la visite de l’extraordinaire pavillon Horta-Lambeau situé dans le parc qui jouxte le musée. Ce qui n’est pas concrétisé actuellement! Des visites consacrées uniquement à ce petit joyau sont programmées pour 2,50 euros et un billet couplé pour les visites du musée et du pavillon coûte 5,20 euros!

Autre constat: l’Arrêté ne réglemente la tarification des réductions que pour la visite des collections permanentes. Il prévoit pour les chômeurs, par exemple, un « prix fortement réduit »(1). Par contre, rien n’est prévu pour les prix d’entrées des expositions temporaires… où le MRAH ne semble pas guidé par des objectifs sociaux analogues! Pour l’expo Les Artistes du Pharaon, les chômeurs n’ont plus droit qu’à une toute petite réduction(2).

(1) 4 euros (prix plein), 3 euros (prix réduit) et 1,5 euros (prix fortement réduit).
(2) 8,50 euros (prix plein), 7,5 euros (réduction pour, notamment, les chômeurs), 6 euros (pour les moins de 19 ans). Ajoutons que l’entrée est gratuite pour les enfants de moins de 12 ans accompagnés d’un parent et que l’audioguide (très efficace) est inclus dans ces prix (bravo!).