N°06 | À propos de « Qu’en Dites-Vous? », l’émission de médiation de la RTBF: Objectif: 20 minutes à 20H.

Le Ligueur du 9 octobre 2002

Depuis un an, Jean-Jacques Jespers arbitre une « mise au point » télévisée d’une douzaine de minutes entre les usagers et les représentants de la RTBF, chaque week-end, sur La Une. Le coordinateur de « Qu’en Dites-Vous? » en a dressé un bilan contrasté lors du premier « Grand Entretien » organisé par la Fnac de Bruxelles et Le Ligueur, ce 25 septembre.

Le nouveau contrat de gestion de la RTBF impose à celle-ci la mise à l’antenne d’émissions de médiation au moins jusqu’en 2007.

En radio, ce rendez-vous se déroule sous la houlette de Françoise de Thier, la médiatrice de la RTBF, dans l’émission « Tout Autre Chose », chaque premier mardi du mois, entre 11H et 12H, sur La Première.

L’émission de télévision est plus courte, plus régulière: douze minutes hebdomadaires concoctées par Jean-Jacques Jespers, alias JJJ. Celui-ci n’est pas médiateur et reste un journaliste particulièrement « non dépendant » puisque, hiérarchiquement, il ne doit rendre des comptes qu’à son Administrateur général, ce qui lui donne une grande latitude pour mettre le doigt là où cela peut faire mal. « Jamais, je n’ai subi la moindre injonction, affirme-t-il. Des craintes ont parfois été exprimées, mais cela n’a pas été plus loin ».

Les 2/3 s’en sortent

JJJ doit choisir les thématiques abordées au travers de l’ensemble des courriers qui parviennent à la RTBF (les appels téléphones ne sont pas pris en compte). Il modère: « En principe! Je pense que certains producteurs ne me communiquent pas leur courrier, alors que 5 ou 6 fois par an, j’envoie des rappels d’une circulaire qui stipule qu’il s’agit d’une obligation ». Actuellement, sa moisson annuelle avoisine 5.000 messages électroniques et 600 lettres: « Avec le développement du courrier électronique (45% des belges y ont accès), les réactions des téléspectateurs s’accélèrent. Beaucoup de messages sont épidermiques, à chaud. Souvent, les correspondants regrettent par la suite ce qu’ils ont écrit. Lorsqu’ils réagissent à ma première réponse, ils portent à maturité leur réflexion. »

23 des 37 premières émissions ont accueilli sur le plateau un téléspectateur venu « exposer un point de vue, faire des critiques ou proposer des suggestions ». En outre, ont été diffusées les interviews de 16 téléspectateurs, 4 journalistes et 2 experts.

Rares sont les téléspectateurs qui ne se font pas prier pour intervenir dans l’émission: « C’est compréhensible! Ils n’ont pas l’habitude de se présenter sur un plateau TV. Ils craignent à juste titre d’être mis en situation d’infériorité face aux professionnels ». Pour JJJ, 2/3 des téléspectateurs s’en sont pourtant bien sorti « se battant avec pugnacité ».

Le temps des interventions est (trop) court: en douze minutes, il faut diffuser une séquence qui resitue le problème abordé et donner la parole à trois interlocuteurs: l’usager, le représentant de la RTBF mis en cause et JJJ. En fin de parcours, c’est le téléspectateur qui a droit au dernier mot.

Depuis le début de cette nouvelle saison, l’émission est réalisée en direct. Ce 28 septembre, JJJ avait invité Catherine Godart qui donne cours, le samedi, à l’Académie de Boisfort. En début d’émission, son interview préenregistrée fut proposée et, ensuite, un direct téléphonique lui permit d’exprimer, en conclusion, « sa tristesse » par rapport aux réactions de Thomas Van Hamme et Jacqueline Liesse, les instigateurs de « L’Ecran Témoin » dont elle stigmatisa l’évolution audimatique : le spectacle plutôt que l’info, le « talk show » et le déballage de vies personnelles plutôt que la réflexion citoyenne. Ce n’était pas la première, ni probablement la dernière fois que « Qu’en Dites-Vous? » s’intéresse à l’évolution de ce qui devrait être le débat sociétal du lundi soir.

Aveux, excuses et prévention

Mais à quoi tout cela sert-il? Dans « Télépro », le 8 novembre 2001, Jacques Dessaucy marquait son pessimisme: « Au téléspectateur qui vide son sac, il est répondu: votre idée est intéressante mais nous avons de bonnes raisons de faire comme nous faisons (et nous continuerons). En résumé: cause toujours! ». Au contraire, dans le dernier « Qu’en Dites-Vous? » de la 1e saison, le 26 mai dernier, un usager de Liège, Stéphane Wintgens, affirmait: « Permettez-moi de souligner l’utilité vérifiée hebdomadairement du travail de mise en perspective ainsi réalisé dans cette émission ».

JJJ donne des exemples qui vont dans ce sens: « Les décideurs ont été amenés à expliquer les raisons de leurs décisions et, parfois, à révéler les véritables motivations de programmations qui sont parfois critiquables ». Gérard Lovérius, le Directeur de la TV, a ainsi dévoilé pourquoi les programmes de l’après-midi étaient sacrifiés: un lot de vieilles séries qui ne coûtent presque rien permet de dégager des bénéfices des espaces publicitaires qui accompagnent leur diffusion pour financer la production des programmes proposés en soirée. Quant à Michel Konen, le Directeur de la rédaction du JT, il a « reconnu qu’il avait pêché par manque de politique éditoriale », rappelle JJJ, à propos de la relation de l’imposante manifestation altermondialiste au sommet de Barcelone du 17 mars 2002: « 15 secondes d’images dont le commentaire mettait surtout en exergue les incidents de fin de manifestation et passait sous silence le cœur et l’objet même de cet événement ». Utiles en terme de prévention, pareils aveux? Interviewé par JJJ, pour son émission-bilan diffusée le 26 mai 2002, le même Michel Konen reconnaissait: « Il est toujours désagréable de se faire interpeller, surtout quand on a tort. Ce sont de petites leçons qui portent leurs fruits, en tout cas sur le long terme. Je crois qu’il y a une attention plus particulière des journalistes d’autant qu’il y a également, à côté de cette émission, l’obligation de répondre au courrier(1). Oui, je crois que tout cela les rend plus responsables du travail qu’ils font ».

Innovations

Qui dit médiation, dit également évolution. La direction de la RTBF peut difficilement rester insensible aux critiques de téléspectateurs qui dénoncent une tentative de mise hors course de « Cartes sur Table » ou la suppression de « Télécinéma » et de sa présentation critique, semaine après semaine, des sorties de films en salle.

Plusieurs propositions de téléspectateurs ont également été adoptées. Désormais, ce sont les commentateurs sportifs qui choisissent eux-mêmes quand se dérouleront les interruptions publicitaires. La nouvelle émission diffusée le lundi soir sur La Deux, « Extratime », répond à la demande d’aborder des sports moins spectaculaires. Etc. « Il y a également, complète JJJ, l’introduction d’une mention qui précise que « Coup de Film » est réalisé en collaboration avec des distributeurs de films. Il s’agit en fait d’un collage de bandes-annonces fournies par le secteur avec quelques inserts de présentation(2) ».

Caporalisme

Hélas, tous les responsables de la RTBF n’ont pas encore compris qu’il fallait respecter les résultats d’un dialogue avec les usagers. Là, se trouverait pourtant l’une des marques spécifiques d’un Service public. Il serait absurde qu’une avancée conquise grâce au public par telle émission soit évincée lorsque celle-ci s’interrompt et qu’un programme analogue prend son relais. Pareille réaction caporaliste se déroule actuellement. JJJ explique que « Coup de Film » vient d’être remplacé par « Screem » et que la mention explicative a disparu: « On a profité du changement pour revenir en arrière ».

On ne demande pas au pâtissier, ni à l’assureur de faire son autocritique devant des centaines de milliers de gens! Il est extraordinaire de voir certains services publics de l’audiovisuel (France 2 et la RTBF) relever ce défi en direct! Il faut donc du temps pour que pareil projet soit accepté et devienne productif. L’aventure de « Qu’en Dites-Vous? » ne fait que commencer. Espérons que les mentalités de certains membres du personnel évolueront. JJJ constate: « A quelques exceptions près, les « répondants » de la RTBF qui viennent sur le plateau sont sur la défensive, avec un argumentaire prêt à l’avance. Ils campent sur leurs positions ».

Vers un sabordage?

Si Jean-Paul Philippot, le nouvel Administrateur général de la RTBF, souhaite amplifier le dialogue avec ses usagers, il devrait sans tarder consolider l’évolution de « Qu’en Dites-Vous? ». L’émission devrait passer de 12 à 20 minutes, timing attribué à sa consœur de France 2, « L’Hebdo du Médiateur ». Les problématiques exposées sont complexes et tout dialogue demande du temps. Ce rabiot permettrait de mieux assurer un suivi des dossiers présentés à l’antenne, renforcerait les effets concrets de l’émission et développerait donc la conviction que la RTBF est au service de son public.

L’heure de diffusion devrait être également revue. Actuellement, diffusée après le JT de la mi-journée du samedi, l’émission démarre après une pause publicitaire d’une dizaine de minutes(3). France 2 épargne à son « Hebdo du Médiateur » ce tunnel des réclames, après la fin du 13H, chaque samedi. Il est donc logique que son audience fasse des scores auxquels « Qu’en Dites-Vous? » ne peut accéder.

JJJ nous a annoncé que son émission sera prochainement diffusée vingt minutes plus tard, à une heure de l’après-midi où nombre de téléspectateurs ont délaissé le petit écran. Il semblerait, en effet, que « Eco », le magazine économique à nouveau parrainé par la Région Wallonie, fasse son retour et soit programmé avant elle. Un sabordage, en vue?

Et pourquoi la RTBF ne nous préparerait-elle pas un coup d’éclat? Comme le suggérait l’une des participante à ce « Grand Entretien », serait-il vraiment impossible de programmer cette émission qui concerne tellement le public de la RTBF après le JT de 19H30, sans pause publicitaire, comme cela se passe, chaque vendredi, pour « L’Hebdo », qui a ainsi gagné près d’un tiers de téléspectateurs complémentaires et est devenue l’une des émissions les plus suivies du Service public?(4)

(1) La RTBF est obligée de répondre à tout le courrier des usagers, endéans les 30 jours ouvrables et de »manière circonstanciée ». Un conseil: écrivez au service de médiation qui transmettra aux animateurs, à la direction, etc. Ainsi qu’à JJJ qui retiendra peut-être votre témoignage pour son émission. Contact: RTBF, Service de médiation, Local 9M51, Bd Reyers, 52 – 1044 Bruxelles. > E-mail: fdt@rtbf.be
(2) Georges Blinder, le téléspectateur invité au « Qu’en Dites-Vous? » du 7 octobre 2001 a découvert, en cours d’émission, ce que le « métier » savait en fait depuis belle lurette: que la RTBF pouvait recevoir des compensations financières pour ces diffusions de bande-annonces, ce qui s’apparentait à du « publi-rédactionnel ». Il est déontologique que la RTBF en avertisse clairement son public.
(3) Entre 13H20 et 25. Rediffusion, le lundi, sur La Une, après JT soir, vers 23H30.
(4) Dans ce cas de figure, le programme publicitaire n’est pas supprimé mais simplement diffusé 20 minutes plus tard.