N°02 | Y’a le feu. On l’éteint?

Le Ligueur du 11 septembre 2002

« Ça va se savoir » est l’adaptation francophone du « Jerry Springer Show », un talk-show américain dans lequel des couples viennent déballer en public leurs problèmes intimes.

Cette émission diffusée par AB3 est introduite chaque jour par un avis ( « Warning ») qui apparaît à l’écran au début de la diffusion: « Cette émission est susceptible d’aborder des thèmes réservés aux adultes et de heurter la sensibilité des plus jeunes. La production recommande aux parents de ne pas regarder cette émission avec leurs enfants ». AB3 nous offre ainsi elle-même des verges pour lui faire remontrance.

Abusivement

En effet, AB3 utilise abusivement comme signalétique le cercle sur fond bleu (accord parental souhaitable) qui ne correspond pas au contenu de ce « Warning » mais qui lui permet de programmer cette émission aux heures de son choix (par exemple, vers 18H45).

Le pictogramme qu’AB3 devrait utiliser en fonction du contenu de l’avis qu’elle a elle-même pris l’initiative d’afficher est, selon le contenu de tel ou tel épisode, soit le triangle sur fond orange (accord parental indispensable ou interdit aux moins de 12 ans; avec une obligation de diffusion après 20H) ou le carré sur fond rouge (émission interdite aux mineurs de moins de 16 ans; avec une obligation de diffusion après 22H). AB3 devrait donc diffuser cette émission plus tard et donc revoir à la baisse sans doute son audience. Effrontément, la chaîne privée affiche donc depuis plusieurs mois une signalétique inadaptée qui peut favoriser le visionnement de « Ça va se savoir » auprès des plus jeunes.

Lenteur du CSA

Dès le 22 juillet, j’ai envoyé une lettre en ce sens au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel(1). J’y signalais également que la pratique d’AB3 « peut introduire le doute sur la définition même des pictogrammes auprès du public. Il s’agit d’un effet pervers auquel le CSA devrait mettre fin ».

Le 5 août, Mme Lentzen, la présidente du CSA, me répond que ma lettre est transmise au secrétariat de l’organe de régulation qui est chargé de l’instruction d’un dossier concernant cette émission.

Lettre au ministre

Comme aucune évolution n’apparaît à l’écran, j’écris donc, le 7 août, à M. Miller, ministre de l’audiovisuel(2): « …Chaque jour qui passe, de nouveaux effets négatifs de cette dérégulation s’accumulent. Il y a une sorte de non-assistance à téléspectateurs mineurs en danger. Faut-il attendre plusieurs mois ou que l’émission arrive à son terme pour que le problème soit tranché? Voici ma triple question:

  1. En pareil cas, quelle est la durée de temps minimum que vous estimez endéans laquelle le CSA peut matériellement agir?
  2. La prochaine réforme du CSA, si je ne me trompe, ne donne pas les moyens, ni légaux, ni matériels, pour pouvoir accélérer pareille procédure (mes plaintes actuellement mettent généralement 6 mois pour être instruites). Comptez-vous, au regard du cas concret que je vous soumets ce jour, proposer un aménagement de la réforme? Lequel?
  3. Si le CSA travaille lentement alors qu’il pourrait aller plus vite, qui ou quelle instance peut-elle remettre en question cette manière de fonctionner? ».

Bientôt, un suivi?

Au moment où l’écriture de cet article s’achève (le 27 août), le Ministre n’a pas encore répondu. Durant les vacances d’été, contrairement à d’autres domaines de la vie sociale, les volets semblent fermés pour le secteur audiovisuel, même en cas de problématiques qui touchent quotidiennement tant de monde.

Nous publierons bien entendu, dans la présente rubrique, le suivi de ce dossier.

Nous transmettons la présente « pression » aux représentants des différents partis auxquels nous demandons de se positionner. En effet, le nouveau décret audiovisuel (qui prévoit une évolution du CSA) doit entamer son parcours parlementaire au cours de cet automne pour probablement entrer en vigueur dès le 1er janvier prochain.

(1) Rue Jean Chapelié, 35 à 1060 Bruxelles.
(2) Place Surlet de Chokier, 15-17 à 1000 Bruxelles.


Divers

Ce 12 septembre, Arte diffuse le concert donné par David Bowie à l’Olympia le 1er août dernier, auprès d’un public qui avait payé 50 euros ses places. Plutôt cher pour jouer aux figurants, non?

Sylvain Sicler, dans son compte-rendu paru dans Le Monde du 4 juillet, signale que la programmation des chansons avait été modifiée par rapport au reste de la tournée : « Pour l’Olympia, et probablement pour les nécessités de captation du concert pour les caméras d’Arte, l’ambition est moindre ». Ainsi, la captation d’un concert peut en influencer le contenu.

Il serait donc correct que sur les éléments de promotion (communiqué de presse, affiches, etc.) et les tickets, pour tout concert qui subit pareil traitement, cela soit clairement annoncé et non simplement suggéré par la présence du logo d’une chaîne de télévision.