N°01 | « Livres d’or »: avec ou sans dialogue?

Le Ligueur du 4 septembre 2002

Au Palais abbatial de Saint Hubert, un livre d’or trône à l’entrée de l’exposition des plaques émaillées publicitaires…

Le 15 août à 15H30, Mme Gacoby, la concierge dévouée, bien qu’elle soit en congé, vient faire sa petite inspection qui commence par la lecture des nouveaux témoignages écrits par les visiteurs: « On garde les livres d’or de toutes les expositions, on les lit attentivement et il nous arrive de tenir compte de propositions qui y sont émises. C’est un excellent baromètre ». Sa collègue qui vend les tickets, Mme Desseille, confirme: « Lorsqu’on relit l’ensemble des avis d’un livre d’or, on peut se faire une bonne idée des problèmes et des points forts d’une exposition. Pour certains visiteurs, c’est un acte important: l’autre jour, l’un d’entre eux est parti boire une bonne trappiste dans un bistrot et est revenu, une demi-heure plus tard, pour recopier le brouillon qu’il avait préparé! ».

A la sortie du Musée du Cinéma bruxellois, le public est également invité à s’exprimer. Il donne son avis sur la programmation mais aussi sur la qualité des projections. Les suggestions ne manquent pas: pourquoi pas consacrer une rétrospective à telle thématique ou… ne serait-il pas utile de détailler les projections du mois sur le site www.cinematheque.be

Le livre d’or est un outil peu onéreux qui peut développer le dialogue entre les usagers et les organisateurs du temps libre. Dans une séquence diffusée par le JT de la RTBF, le 6 août dernier, le conservateur du Musée africain de Tervueren déclarait qu’il allait tenir compte de remarques qui regrettaient la vision colonialiste qui demeurait dans certaines salles.

Sans réponse dans le hall d’entrée

Pareille volonté n’est pas toujours au rendez-vous. Pour l’exposition Rubens qui s’est déroulée à l’Hôtel de ville de Bruxelles du 12 mars au 28 juillet dernier, l’entrée était fixée à 8 euros pour une vingtaine de toiles exposées.

Les 7 mai et 7 juin, M. Simons, responsable de l’exposition en tant qu’échevin de la culture, reçoit deux courriers où je m’interroge sur diverses remarques écrites dans le livre d’or.

Une première visite à l’exposition me permet de découvrir qu’en un seul jour, le 22 avril, six personnes ont critiqué la tarification: « Trop cher pour si peu de tableaux ainsi que manque d’explications »; »Belle expo mais chère »; « Beau! Expo trop pauvre pour une entrée trop chère »; « Belle expo, mais très chère. Pensez aux peu nantis »; « Prix: je suis aussi scandalisé »; »Une richesse artistique incontestable qui ne justifie en aucun cas un droit d’entrée si élevé. L’Art, pour être apprécié, doit rester accessible à tous ».

Suite à une seconde visite, je précise mon observation et émet une proposition: « Je constate qu’un nouveau livre d’or est proposé aux visiteurs et que les critiques y restent analogues concernant le prix de l’exposition. Pourquoi ne prendriez-vous pas l’initiative dans un texte affiché dans le hall d’entrée d’apporter votre réponse à cette problématique? L’exposition ne s’achève que le 28 juillet… »

Dans sa réponse datée du 14 juin, l’échevin attire mon attention sur le fait qu’une exposition de la qualité de Rubens a exigé des conditions de sécurité particulières: « Je m’étonne toutefois de votre remarque car sur les milliers de visiteurs qui sont déjà venus un très faible pourcentage se plaint du tarif élevé ».

Le 28 juin, j’écris mon étonnement à M. Simons: « Je n’ai jamais écrit que le prix d’entrée était trop élevé et je peux aisément deviner, avant de la lire, votre réponse à cette question… Je pense que vous faites une erreur d’analyse sur l’importance du nombre de vos visiteurs qui, eux, considèrent que le prix de l’entrée est trop onéreux. J’en ai parcouru des « livres d’or » d’expositions et c’est la première fois que je découvre des remarques désagréables aussi nombreuses sur la tarification d’une manifestation artistique. Constatez que ce sont deux albums différents de ce livre d’or qui présentent ces critiques, ce qui me permet de penser qu’il ne s’agit pas d’un simple acte de mimétisme de plusieurs visiteurs… Il est également rare qu’un organe de presse se positionne sur pareille question. Or, pour Le Vif-L’Express du 18/04/2002, le prix d’entrée « paraît excessif »… Je ne vous demandais pas de m’expliquer à moi la raison de cette tarification mais bien à VOTRE public. Avant que l’exposition ne s’achève… »

Malgré un rappel envoyé en recommandé le 22 juillet, l’échevin ne poursuivra pas le dialogue.

On peut encore découvrir dans le livre d’or cette remarque écrite quelques heures avant la clôture de l’expo et qui restera sans doute sans réponse: « Quatre français sortent déçus de l’exposition… Coût d’entrée exorbitant pour si peu de toiles. Nous vous conseillons vivement de prendre exemple sur d’autres musées (Bruges, Gand, par exemple) ».

Visiteurs « actifs »!

Visiteurs, proposez donc l’ouverture de livres d’or, prenez le temps d’y écrire ce qui vous tient à cœur, soyez attentifs aux autres témoignages qu’ils renferment ainsi qu’au suivi qu’ils pourraient recevoir.