N°00 | Mode d’emploi

Le Ligueur du 28 août 2002

Dans cette nouvelle rubrique hebdomadaire, Le Ligueur défendra les intérêts des « usagers » des médias, de la culture et des loisirs.

Pourquoi?

La durée du temps de travail diminue progressivement et les activités du temps libre se multiplient. Les médias monopolisent chaque jour plus de trois heures de notre attention. Les adolescents, et puis les enfants, sont devenus des cibles à part entière pour les marchands de jeux électroniques, de CD ou de DVD. Or, dans ces secteurs, on disserte plus souvent de la protection des créateurs, des producteurs ou des journalistes que celle des usagers.

Même les balises manquent. La date de fraîcheur d’un disque n’est pas définie: est-ce la date du dernier pressage ou celle de l’enregistrement des morceaux? Où un organisateur devrait-il mentionner le prix de son activité? La place manque sur les affiches envahies par les sponsors! À la télé, le présentateur préfère signaler les séquences « en direct » à celles qui sont enregistrées. Les industries des loisirs surmédiatisent leurs ingrédients valorisants mais ne sont pas obligées de signaler leurs « colorants ».

Lorsque le public désire porter plainte, il ne sait où aller. Le nouveau « médiateur » de la Communauté française qui entrera prochainement en fonction traitera plus facilement des problèmes des producteurs et des artistes que ceux du public. Le son est trop fort dans telle salle de cinéma. On y rallume l’éclairage avant la fin du film ou on inverse l’ordre de projection des bobines… Que faire? Aucun règlement n’est affiché. À quel moment sortir de la salle et où demander un remboursement? En « argent » ou en places valables pour d’autres séances? Tout est fonction de l’humeur du propriétaire de la salle et de votre obstination, peut-être de votre sourire.

Comme les prix de ces « produits » sont largement inférieurs à l’achat d’un séjour aux Bermudes, rares sont les usagers qui portent plainte ou font procès. En conséquence, peu d’associations d’usagers peuvent se créer pour soutenir ces problèmes si présents mais tellement peu « visibles »… et dont les médias ne parlent guère. D’autant plus que leurs journalistes reçoivent des « services de presse »! Ils n’ont donc pas l’occasion de faire la file pour se faire rembourser leur ticket lorsqu’un concert est annulé parce que le musicien -qui n’est pas malade du tout- préfère, ce soir-là, enregistrer un show télévisé…

Puisque les « contre-pouvoirs » des usagers n’existent pas, certains « vautours » des loisirs risquent bien de profiter de plus en plus de leur impunité de fait. Avez-vous acheté, ce 14 mars 2002, un ticket pour applaudir, en célibataire, le 18 juin 2003, Johnny Halliday au Stade Roi Baudouin? Ce soir-là, vous serez peut-être marié et votre femme attendra déjà votre deuxième enfant! Une prévente qui démarre aussi tôt anéantit votre choix. Votre argent et votre disponibilité sont économiquement kidnappés. Le même soir, vous ne pourrez ne pourrez pas assister à un autre concert qui vous tient particulièrement à cœur. Le centre culturel où il se déroulera a démarré les réservations six mois avant son déroulement. Remettre donc en question ces réservations si précoces, c’est également tenter de rétablir non seulement notre droit à choisir réellement mais également une certaine égalité entre les organisateurs.

Comment?

En abordant toutes ces thématiques, il ne suffit pas de se plaindre. Il vaut mieux être constructif et proposer, lorsque c’est possible, des idées de solutions.

Il existe certainement des organisateurs, des créateurs et des journalistes respectueux du public, des hommes politiques qui pourraient légiférer utilement et plein de simples « usagers » prêt à soutenir telle ou telle proposition, à témoigner de telle ou telle expérience.

Enfin, il y a plein d’artisans du temps libres qui organisent leurs activités en respectant leur public. Leurs initiatives mériteraient d’être généralisées. Pour ce faire, elles doivent donc être expliquées et soutenues.

Notre nouvelle rubrique souhaite vous proposer une première initiation ainsi qu’une aide concrète. Nous questionnerons les acteurs culturels, médiatiques et politiques. Nous publierons leurs réponses. Ensuite, il faudra parfois réécrire et poursuivre le dialogue. Nous vous ferons part de ces « suivis » en temps réel afin que vous puissiez découvrir combien il faut du temps et de la détermination pour faire évoluer certaines situations au profit de l’ensemble des usagers.

Nous vous proposerons aussi les adresses où vous pourrez écrire pour agir. « Ensemble » chantait le regretté Pierre Rapsat. C’est effectivement ensemble qui nous pourrons devenir des citoyens plus actifs qui influencent la gestion de notre vie en société. Une façon de nous redonner concrètement confiance, de fuir le fatalisme et les extrémismes. Dans des matières qui influencent nos idées et idéaux.

Bernard Hennebert