Hors série | Les Francos: Convivialité à protéger!

Le Ligueur du 13 août 2003

À Spa, les Francofolies n’ont presque plus rien à voir avec le Festival de la Chanson française des années ’70!

Cet été, j’ai découvert les Francos de Spa qui célébraient leur 10ème anniversaire. La dernière fois que j’avais séjourné dans la ville des curistes, c’était il y a tout juste trente ans pour couvrir le Festival de la Chanson française. Que d’évolutions! Les relever permet de mieux comprendre d’où l’on vient et de se rendre compte du chemin parcouru.

Deux constantes

Spa demeure le terreau des découvertes. En 1978, les révélations s’appelaient Dick Annegarn, Yves Simon ou Louise Forestier. Le 19 juillet dernier, au Parc de 7 heures, « Sacrés belges! » créait l’événement. Il s’agit d’un spectacle qui réunit une dizaine de jeunes chanteurs « de chez nous » dont Jeronimo, Vincent Venet et Yel. Une large place de la programmation des Francos est réservée à la relève musicale et remporte un succès réel auprès d’un public jeune et curieux.

Autre constante, la couverture par la RTBF ressemble à celle réalisée naguère par la RTB (alors sans F)! J’écrivais à l’époque: « L’annonce des activités ainsi que leur relation en direct ou en différé, pour la radio ainsi que pour la télévision, globalise un temps d’antenne supérieur à soixante heures. C’est énorme. Chaque année, c’est la même ville qui demeure l’unique bénéficiaire de pareille aubaine! Soixante heures d’antenne pour Spa serait à la limite concevable dans la mesure où le débat s’entame véritablement. Ce ne fut pas le cas, cette année. Un office de radio-télévision non commercial a-t-il le droit de favoriser à ce point pareil matraquage et de se contenter d’interviews souvent superficielles des vedettes? ».

La critique garde toute son acuité. Ni dans « Le journal des Francofolies », ni dans l’une ou l’autre des nombreuses séquences des JT de la RTBF, les téléspectateurs n’ont eu droit à la présentation de thématiques utiles telles que celle du maigre soutien des multinationales aux artistes belges ou celle du rôle des émissions musicales de nos médias audiovisuels, deux sujets parmi d’autres qui furent débattus lors des apéros-débats organisés par le festival.

Avec les Spadois

Les Francofolies ont tiré la leçon de certaines failles de feu le Festival de la Chanson. En 1974, je constatais qu’il « s’élabore artificiellement. C’est plus le week-end du show business que celui des habitants. Pourquoi ceux-ci ne participent-ils pas activement ni à sa préparation, ni à son déroulement? Au moment où, dans le Salon Rose du Casino, les autorités politiques ainsi que les personnalités culturelles assistent à la réception qui marque la fin des activités du festival, à 200 mètres de là, près d’une centaine de jeunes rassemblés dans la maison des jeunes élaborent un communiqué de presse qui stigmatise l’absence d’intérêt qu’il vouent à ce festival qui ne concerne pratiquement pas les Spadois ». À l’époque, une réduction était accordée sur les prix d’entrée aux jeunes de la région mais ceux-ci devaient rester debout pendant ces spectacles donnés dans les salles du Casino même si des sièges restaient vides pendant toute la soirée! Aujourd’hui, les habitants sont associés à l’élaboration de cet événement et 320 bénévoles œuvrent à sa réussite.

Les organisateurs multiplient les initiatives pour que leur rendez-vous garde son pesant de convivialité.

En voici quelques exemples.

Le camping est gratuit. Des campeuses nous ont expliqué que, contrairement à ce qui était annoncé, elles n’avaient pas réservé leur emplacement et furent pourtant les bienvenues. Fréquentant de nombreux festivals, elles reconnaissent qu’à Spa les prix de la restauration avaient augmenté pendant la tenue du festival mais dans des proportions moindres que ce qui se pratique dans bien d’autres villes.

Les sponsors sont omniprésents mais l’aire de la scène Pierre Rapsat où les artistes s’expriment est préservée.

Les spectacles commencent le plus souvent à l’heure annoncée.

Un journal qui présente les activités et les potins du festival est diffusé chaque jour gratuitement. Ce « Francoscoop » se permet même de critiquer en douceur certains concerts.

Les organisateurs ont refusé de « bourrer » rentablement les concerts qui se déroulent chaque soir sur la Place de l’Hôtel de Ville. Ainsi furent rapidement sold-out l’hommage à Rapsat ou les soirées qui avaient pour vedettes Laurent Voulzy et Zazie.

Les Francos ne manquent pas non plus d’imagination pour tenter de rendre la vie plus agréable à tous les festivaliers. Ceux qui rapporteraient 75 gobelets usagés recevaient un cadeau: un tee-shirt ou une casquette. Cette initiative remporta un franc succès et renforça la propreté du site.

Dans le cadre de l’année européenne des personnes handicapées, les spectacles de Jéronimo, Les Gauffs au Suc et André Bordé furent traduits en langue des signes.

Les visiteurs à mobilité réduite furent également accueillis avec beaucoup d’attentions. Rencontré au concert de Jane Birkin, l’un d’entre-eux, François C., nous a confirmé que cette opération était « globalement tout-à-fait positive ». Un balisage a été réalisé et des places où la visibilité du spectacle est excellente sont réservées. D’autres « chaisards » sont plus mitigés(1): difficultés pour trouver un parking ou pour occuper certaines plate-formes réservées en compagnie de personnes accompagnatrices.

Malgré notre ténacité, nous n’avons relevé que deux fausses notes! Il nous a semblé peu judicieux de voir accolées deux fonctions antinomiques sur une guérite flanquée devant les jardins du Casino: un bureau d’information et la vente de cigarettes!

Pendant la dernière rencontre avec la presse qui proposait un bilan de cette édition particulièrement ensoleillée (au propre comme au figuré) les organisateurs des Francofolies ne se soumirent pas aux questions des journalistes. Pourtant, nous aurions aimé savoir, par exemple, si les Francofolies avaient l’intention de poursuivre leurs efforts en faveur des handicapés, que le Ministre Detienne reconduise ou non un subside de 25.000 euros prévu à cet effet…

(1) Lettre parue dans La Capitale, 30 juillet 2003.